En se promenant de la Piazza del Plebiscito vers le Castel dell’Ovo, on découvre l’un des lieux les plus mystérieux et fascinants de la ville : le Monte Echia. Une colline ancienne, soutenue par de hauts murs, traversée par des galeries souterraines et reliée par un ascenseur panoramique qui mène à une terrasse suspendue au-dessus du golfe de Naples. De là-haut, le regard embrasse la mer, le Vésuve et les lumières de la ville dans une vision qui semble appartenir davantage au mythe qu’à la réalité.

Et c’est précisément ici que mythe, histoire et géographie s’entremêlent jusqu’à devenir indissociables. Lorsque les Grecs venus de Cumes débarquèrent dans le golfe entre le VIIIe et le VIIe siècle av. J.-C., ils cherchaient un lieu stratégique : défendable, proche de la mer et symboliquement puissant. Le Monte Echia représentait tout cela. C’est ici que naquit Parthénope, le premier noyau urbain de la future Naples.
Selon la légende, le nom provient de la sirène Parthénope, créature mythologique qui tenta en vain de séduire Ulysse par son chant. Vaincue par le refus du héros, elle se laissa mourir et son corps fut emporté par les vagues jusqu’aux côtes du golfe. Les Grecs décidèrent de l’enterrer précisément sur le mont Echia, transformant ce lieu en un espace sacré. De cette tombe symbolique naquit une ville destinée à vivre pour toujours, suspendue entre beauté et mélancolie.
Le mythe de Parthénope n’est pas seulement un récit antique. C’est l’âme même de Naples. À l’instar de la sirène, la ville séduit et désoriente, accueille et échappe, fascine et met à l’épreuve. Ceux qui visitent Naples ont souvent du mal à expliquer pourquoi ils en tombent si profondément amoureux : c’est comme s’ils ressentaient un appel invisible. Un chant ancien fait de mer, de lumière, de vent salé, de ruelles inattendues et de passions absolues.
Aujourd’hui encore, Partenope semble vivre dans les lieux emblématiques de la ville. Sa présence plane entre les vagues qui viennent lécher Castel dell’Ovo, que la tradition identifie comme le lieu de sa sépulture, et les terrasses de Posillipo, où le soleil se couche sur la mer, offrant des panoramas presque irréels. Elle vit dans les escaliers silencieux qui s’ouvrent soudain sur le bleu du golfe, dans les cours cachées du centre historique, dans les voix des Napolitains, dans la musique qui naît spontanément dans la rue et dans la capacité de la ville à transformer la douleur en beauté.
Naples est en effet une ville double, tout comme la sirène : mi-terrestre, mi-marine, mi-rationnelle, mi-instinctive. Elle vit constamment entre les contraires : le Vésuve et la mer, le chaos et la contemplation, la destruction et la renaissance. C’est cette tension permanente qui rend Naples unique dans le paysage européen et qui en fait l’une des destinations les plus magnétiques d’Italie.
Pour découvrir cette dimension plus authentique et mystérieuse de la ville, il faut s’éloigner des circuits touristiques les plus courants. Au-delà des foules à la recherche de la pizza parfaite ou de la fresque de Maradona, il existe un Naples caché, fait d’escaliers déserts, de palais nobiliaires oubliés, d’anciennes confréries, de librairies secrètes et de petits cafés historiques où le temps semble s’être arrêté.
C’est précisément ce Naples moins connu que j’essaie de faire découvrir à mes hôtes à travers les parcours culturels liés à ma maison de vacances Casetta Correra, en mettant également à leur disposition une petite bibliothèque consacrée à l’histoire, aux légendes et aux mystères de la ville. Car Naples, tout comme Partenope, ne se conquiert pas vraiment : on l’écoute. Et seuls ceux qui acceptent de se laisser guider par son chant parviennent à en saisir l’âme la plus profonde.
Bibliographie
- B. Croce: Storie e leggende napoletane – Adephi, 1996
- V. del Tufo: Napoli magica – Neri Pozza, 2018
- M. Serao: Leggende napoletane – Colonnese Editore, 1999




