Naples n’est pas seulement une ville riche en vestiges antiques. C’est une ville qui, malgré les transformations incessantes subies au fil des siècles, conserve encore aujourd’hui une grande partie de la forme et du tracé urbain de la colonie grecque fondée il y a plus de deux mille ans.

Ceux qui se promènent dans le centre historique empruntent, souvent sans le savoir, les mêmes rues que parcouraient les habitants de l’ancienne Neapolis. Sous les églises, les palais et les ruelles, on continue de découvrir des remparts grecs, des boutiques romaines, des aqueducs, des nécropoles et des théâtres.

Pour un visiteur passionné d’histoire antique, Naples ne doit donc pas être considérée uniquement comme un point de départ pratique pour se rendre à Pompéi et à Herculanum. La ville elle-même est un immense site archéologique, en partie visible et en partie dissimulé sous les bâtiments modernes.

Voici les lieux qui permettent de reconstituer, étape par étape, la Naples grecque et romaine.

Le Musée archéologique national : le point de départ

La première étape ne peut être que le Musée archéologique national de Naples, également connu sous l’acronyme MANN.

C’est l’un des plus importants musées archéologiques au monde ; il conserve une partie extraordinaire des vestiges provenant de Pompéi, d’Herculanum et des autres sites du Vésuve, ainsi que des collections qui permettent de comprendre l’histoire de la Campanie grecque et romaine.

Parmi les sections les plus célèbres, on trouve la collection Farnèse, qui abrite certaines des plus grandes sculptures de l’Antiquité classique, les mosaïques de Pompéi, les fresques du Vésuve, la collection égyptienne et le « Cabinet secret », consacré aux objets et aux images à caractère érotique découverts lors des fouilles archéologiques.

Parmi les œuvres à ne pas manquer, on peut citer :

  • le Taureau Farnèse, l’un des plus grands groupes sculpturaux parvenus de l’Antiquité ;
  • l’Hercule Farnèse ;
  • la mosaïque de la Bataille d’Issos, provenant de la Maison du Faune à Pompéi ;
  • les fresques des villas vésuviennes ;
  • les vestiges qui témoignent de la vie quotidienne, de la religion et de la culture matérielle du monde romain.

Le MANN n’est pas un musée à parcourir à la hâte. Pour une visite approfondie, il faudrait lui consacrer au moins trois heures, de préférence au début de votre séjour : ce que vous observerez dans ses salles vous aidera en effet à mieux comprendre tous les itinéraires archéologiques suivants.

Avant d’organiser votre visite, il est conseillé de consulter la page officielle consacrée aux horaires et billets du Musée archéologique, d’autant plus que certaines collections peuvent être ouvertes à tour de rôle.

Depuis la Casetta Correra, on peut rejoindre le Musée archéologique par une agréable promenade en passant par la Piazza Dante et la Via Enrico Pessina.

La Piazza Bellini et les remparts de l’ancienne Neapolis

À quelques minutes du musée se trouve la Piazza Bellini, aujourd’hui surtout connue pour ses cafés, ses librairies et sa vie nocturne.

Au centre de la place s’ouvre une fouille dans laquelle on peut voir quelques blocs des fortifications de l’ancienne cité grecque. Ces remparts rappellent que, sous le centre historique actuel, le tracé urbain de Neapolis existe toujours.

La colonie grecque s’est développée selon un plan régulier composé de grandes rues parallèles, appelées plateiai, croisées par des rues plus étroites. Les trois axes principaux est-ouest ont survécu dans la structure de la ville et correspondent, à quelques variations près, aux rues que nous appelons aujourd’hui communément decumani.

Le tronçon de remparts visible sur la Piazza Bellini est donc bien plus qu’un simple vestige archéologique : c’est le point à partir duquel on peut commencer à appréhender l’ensemble du centre historique comme une cité antique encore habitée.

La mairie de Naples inclut les remparts de la Piazza Bellini dans les circuits consacrés à la Naples grecque, aux côtés du quartier de Sant’Aniello a Caponapoli, traditionnellement identifié comme le site de l’ancienne acropole.

Se promener le long des decumani

Depuis la Piazza Bellini, on peut continuer vers la Via dei Tribunali et Spaccanapoli.

Il est important de préciser que les expressions « Decumano Maggiore », « Decumano Inferiore » et « Decumano Superiore » sont des appellations modernes, dérivées de la terminologie urbanistique romaine. Le tracé d’origine de la ville était cependant grec et fut par la suite conservé et adapté par les Romains.

Le soi-disant Decumano Maggiore correspond en grande partie à la Via dei Tribunali. Le Decumano Inferiore traverse quant à lui la Via Benedetto Croce et la Via San Biagio dei Librai, formant ce très long axe que les Napolitains appellent Spaccanapoli.

Se promener le long de ces rues, c’est parcourir les axes fondamentaux de l’ancienne Neapolis.

Le plus intéressant est d’observer comment les époques se sont superposées : les fondations grecques et romaines soutiennent des palais médiévaux, des églises baroques, des boutiques, des habitations et des cours encore utilisées aujourd’hui.

Naples ne conserve pas son passé antique dans un quartier séparé de la ville moderne. Elle le conserve en son sein même.

Les fouilles de San Lorenzo Maggiore

Au cœur de la Via dei Tribunali, sous le complexe monumental de San Lorenzo Maggiore, se trouve l’un des sites archéologiques les plus importants du centre historique.

En descendant sous l’église, on atteint les vestiges du macellum romain, le marché municipal érigé sur le site de l’ancienne agora grecque.

Le parcours permet de marcher le long d’une rue pavée bordée de boutiques, d’espaces commerciaux, de locaux de service et de locaux destinés aux activités économiques.

C’est l’un des lieux où l’on comprend le mieux le principe de la « ville stratifiée ». Au-dessus de la zone du marché romain ont été construits des bâtiments médiévaux, puis le grand complexe religieux que l’on peut voir aujourd’hui.

Les fouilles de San Lorenzo ne frappent pas par la monumentalité d’un Pompéi, mais par quelque chose de peut-être encore plus évocateur : elles se trouvent au cœur d’une métropole moderne et continuent de suivre le tracé des rues en surface.

Sur le site officiel de la « Neapolis Sotterrata », vous pouvez consulter les horaires, les modalités de visite et les informations sur les visites guidées.

Le théâtre romain caché dans les maisons

Non loin de San Lorenzo Maggiore se trouvent les vestiges de l’ancien théâtre romain de Neapolis.

La tradition raconte que l’empereur Néron, grand passionné de musique, de poésie et de représentations théâtrales, s’y serait lui-même produit.

Ce qui rend ce lieu particulièrement fascinant, c’est la manière dont le théâtre a survécu. Ses structures ne se trouvent pas au sein d’un site archéologique isolé, mais ont été intégrées aux habitations et aux palais construits au cours des siècles suivants.

Les arcades, les couloirs et les murs de l’édifice romain sont devenus des caves, des fondations et des pièces d’habitation.

Une partie du théâtre gréco-romain de Naples peut être visitée dans le cadre du parcours « Napoli Sotterranea », dont l’entrée se trouve près de la Piazza San Gaetano.

Au cours de la visite, on pénètre dans des espaces qui permettent de reconnaître des parties des structures sur lesquelles s’élevaient les gradins destinés aux spectateurs.

C’est l’un des témoignages les plus éloquents de l’archéologie particulière de Naples : non pas une ville moderne construite à côté des ruines, mais une ville qui s’est développée directement au-dessus d’elles.

Naples souterraine et l’ancien aqueduc

La visite de la Naples antique peut se poursuivre sous terre.

Le réseau de cavités présent sous le centre historique est né en partie de l’extraction du tuf nécessaire à la construction des bâtiments. Bon nombre de ces espaces ont ensuite été utilisés comme citernes et reliés au réseau d’aqueducs qui alimentaient la ville.

Le parcours généralement connu sous le nom de Naples souterraine, dont l’entrée se trouve sur la place San Gaetano, mène à environ quarante mètres sous le niveau de la chaussée.

La visite permet de traverser des puits, des galeries et de grandes citernes, et de comprendre comment l’approvisionnement en eau a influencé la vie de la ville pendant des siècles.

Tout ce que l’on rencontre sous terre ne date pas nécessairement de l’époque grecque ou romaine : les cavités ont été modifiées et réutilisées jusqu’à l’époque moderne et, pendant la Seconde Guerre mondiale, certaines sont devenues des abris anti-aériens.

C’est précisément cette continuité d’utilisation qui rend ce parcours intéressant pour ceux qui ne recherchent pas seulement des vestiges archéologiques, mais souhaitent comprendre l’évolution globale de la ville.

Avant de choisir le jour de la visite, il est conseillé de consulter la page présentant les horaires de Napoli Sotterranea.

L’Hypogée des Cristallini : une tombe hellénistique dans le quartier de Sanità

L’un des sites archéologiques les plus surprenants de Naples est l’Hypogée des Cristallini, dans le quartier de Sanità.

Le complexe abrite quatre salles funéraires creusées dans le tuf et ornées de peintures, d’éléments architecturaux et de raffinés effets de trompe-l’œil. Il remonte à l’époque hellénistique et permet de plonger dans l’univers des familles aristocratiques qui vivaient dans l’ancienne Neapolis.

La nécropole se trouvait à l’extérieur des remparts de la ville, conformément à la coutume antique consistant à disposer les sépultures le long des voies d’accès à la ville.

Les salles conservent des traces de couleur qui aident à dépasser l’image, souvent trompeuse, d’une Antiquité composée exclusivement de statues et d’architectures en marbre blanc. Le monde grec était riche en couleurs, symboles, décorations et représentations liées au voyage dans l’au-delà.

Resté inaccessible au grand public pendant plus d’un siècle après sa découverte au XIXe siècle, l’Hypogée a été ouvert de manière permanente aux visites en 2022.

En raison de la fragilité des lieux, le nombre de visiteurs est limité. Il est donc conseillé de consulter au préalable la page consacrée aux horaires et tarifs de l’Hypogée des Cristallini ou de procéder directement à la réservation des billets.

Les Catacombes de Saint-Gennaro

Pour retracer la transition entre la ville païenne et la Naples chrétienne, il faut se rendre aux Catacombes de Saint-Gennaro, situées dans le quartier de Capodimonte.

Le complexe s’étend sur deux niveaux et se caractérise par de vastes salles, des décorations picturales et des sépultures appartenant aux premières communautés chrétiennes.

Contrairement aux étroites catacombes romaines, celles de Saint-Gennaro présentent des espaces relativement vastes, notamment en raison des caractéristiques du tuf napolitain.

La visite permet d’admirer des basiliques souterraines, des tombes épiscopales, des mosaïques et des fresques paléochrétiennes. C’est un lieu incontournable pour comprendre comment, entre l’époque romaine et le Haut Moyen Âge, la dévotion envers les martyrs et Saint Janvier a contribué à définir l’identité religieuse de la ville.

Les visites sont guidées et la réservation est obligatoire. Les horaires, les disponibilités et les indications pour se rendre sur place peuvent être consultés sur la page officielle Planifiez votre visite des Catacombes de Naples.

Le billet permet généralement de visiter également les Catacombes de San Gaudioso, situées sous la basilique de Santa Maria della Sanità.

Le parc archéologique du Pausilypon

La Naples antique n’était pas seulement une ville de marchés, de temples et de nécropoles. C’était aussi un lieu où les membres de l’aristocratie romaine construisaient des villas surplombant la mer.

L’un des exemples les plus spectaculaires est le parc archéologique du Pausilypon, sur la colline de Posillipo.

Son nom dérive probablement du grec pausis lypon, expression interprétée comme « répit de la douleur » ou « lieu qui fait cesser les soucis ». Il est difficile d’imaginer une définition plus appropriée pour le panorama qui s’ouvre sur le golfe, sur Nisida et sur la côte phlégréenne.

On y accède par la Grotte de Seiano, un tunnel romain de plus de sept cents mètres de long qui traverse la colline.

Au bout du tunnel, on parvient aux vestiges de la villa attribuée au riche chevalier romain Publius Vedius Pollio, qui a ensuite été intégrée au patrimoine impérial. On peut y voir un théâtre, un odéon et d’autres structures de cette grande résidence maritime.

Le Pausilypon demande plus de temps et d’organisation que les sites du centre historique, mais il offre quelque chose qu’il est difficile de trouver ailleurs : la rencontre entre l’archéologie, le paysage et le silence.

Les modalités d’accès, les horaires et les visites guidées peuvent également être consultés sur la page officielle de la mairie de Naples consacrée à la Grotte de Seiano et au Pausilypon.

La réservation est vivement recommandée.

Les thermes romains de Santa Chiara

Au sein du complexe monumental de Santa Chiara, célèbre surtout pour son cloître en majolique, se trouve également un site archéologique abritant les vestiges d’un établissement thermal romain.

Les installations comprennent des salles destinées aux différentes étapes du bain, des bassins et des éléments des systèmes de chauffage.

C’est une étape moins connue, mais intéressante pour comprendre la vie quotidienne dans la ville romaine.

Les thermes n’étaient pas seulement des lieux où l’on se lavait. C’étaient des espaces publics destinés aux rencontres, à l’activité physique, aux conversations et au tissage de liens sociaux.

La visite peut facilement s’intégrer à un itinéraire le long de Spaccanapoli. Des informations spécifiques sont disponibles sur la page consacrée au site archéologique de Santa Chiara.

Castel dell’Ovo et le souvenir de la villa de Lucullus

Castel dell’Ovo est généralement associé au Moyen Âge et à la légende de l’œuf magique caché par Virgile dans ses fondations.

Le lieu possède toutefois des origines bien plus anciennes.

L’îlot de Megaride est traditionnellement lié aux premières colonies grecques dont serait issue Parthénope. À l’époque romaine, la zone fut intégrée au vaste domaine du général et homme d’État Lucius Licinius Lucullus.

La villa s’étendait entre l’îlot et le mont Echia voisin et était célèbre pour ses jardins, ses bâtiments, ses bassins et ses constructions surplombant la mer.

Les transformations médiévales ont effacé une grande partie des vestiges romains, mais observer le Castel dell’Ovo depuis le front de mer permet de situer idéalement les origines de la ville dans le paysage du golfe.

Attention : au 16 juillet 2026, la mairie de Naples indique que le Castel dell’Ovo est fermé au public, jusqu’à une date à déterminer, pour cause de travaux de rénovation. Il est toutefois possible de se rendre à Borgo Marinari et de visiter ce quartier, ainsi que d’admirer le château de l’extérieur. Avant votre voyage, il est conseillé de vérifier les éventuelles mises à jour sur la page officielle de la mairie de Naples.

Pompéi et Herculanum : incontournables, mais après avoir visité Naples

Bien sûr, les passionnés d’histoire antique devraient consacrer au moins une journée au parc archéologique de Pompéi ou au parc archéologique d’Herculanum.

Pompéi offre la vision la plus complète d’une ville romaine : forum, théâtres, temples, thermes, domus, boutiques, rues et quartiers.

Herculanum est plus intime, mais conserve des bâtiments, des décorations et des matériaux organiques souvent dans un état exceptionnel. Pour ceux qui ont le temps, ces deux sites ne s’opposent pas : ils racontent des aspects différents de la société romaine détruite par l’éruption du Vésuve en 79 apr. J.-C.

Il est toutefois conseillé de visiter d’abord le musée archéologique et au moins une partie de la Naples gréco-romaine.

Pompéi et Herculanum ne seront ainsi plus deux ruines isolées, mais des parties d’un territoire antique lié à Neapolis par des échanges commerciaux, culturels et politiques.

Avant de partir, vous pouvez consulter :

Un itinéraire de deux jours dans la Naples antique

Si vous disposez de deux journées, vous pouvez organiser vos visites de la manière suivante.

Premier jour : la ville grecque et romaine

La matinée peut être consacrée au Musée archéologique national. Après la visite, vous pouvez vous rendre sur la Piazza Bellini, observer les remparts grecs et continuer le long de la Via dei Tribunali.

L’après-midi, vous pourrez visiter les fouilles de San Lorenzo Maggiore et les souterrains de Naples, y compris une partie de l’ancien théâtre romain.

La journée peut se terminer en parcourant Spaccanapoli jusqu’au complexe de Santa Chiara.

Deuxième jour : nécropoles et paysage antique

La deuxième journée peut commencer dans le quartier de Sanità avec l’Hypogée des Cristallini ou les Catacombes de San Gennaro.

L’après-midi, on peut se rendre au Pausilypon et traverser la Grotte de Seiano, pour conclure le parcours devant le panorama qui fascinait déjà l’aristocratie romaine.

Comme l’Hypogée, les Catacombes et le Pausilypon proposent des visites organisées ou des entrées contingentées, il est conseillé de définir l’itinéraire après avoir vérifié les disponibilités et réservé les accès.

Où séjourner pour visiter la Naples antique

Pour ceux qui souhaitent explorer la Naples grecque et romaine, séjourner près de la Piazza Dante offre un avantage considérable.

Depuis ce quartier, on peut rejoindre à pied le musée archéologique, la Piazza Bellini, la Via dei Tribunali, San Lorenzo Maggiore, Santa Chiara et une grande partie du centre historique. La proximité du métro permet en outre de se rendre facilement à la gare, au Rione Sanità, au bord de mer et dans les autres quartiers de la ville.

Casetta Correra, située à quelques pas de la Piazza Dante, peut constituer un point de chute particulièrement adapté à un couple souhaitant découvrir Naples en toute tranquillité.

Après une journée passée entre musées, hypogées et villes souterraines, on peut regagner un appartement calme, loin du bruit de la vie nocturne mais proche des lieux où l’histoire de Naples continue de se révéler, souvent de manière inattendue, sous les pas des visiteurs.

Naples : une ville antique qui n’a jamais disparu

À Pompéi, le temps semble s’être arrêté en 79 apr. J.-C. À Naples, en revanche, le temps ne s’est jamais arrêté.

La cité grecque est devenue romaine, puis byzantine, ducale, normande, souabe, angevine, aragonaise et bourbonienne. Chaque époque s’est construite sur la précédente, en réutilisant ses rues, ses remparts, ses citernes et ses fondations.

C’est précisément cette continuité qui distingue Naples des autres grands sites archéologiques.

Ici, l’Antiquité n’est pas seulement conservée dans les vitrines d’un musée ou délimitée par une clôture. Elle continue de vivre dans le tracé des rues, dans les profondeurs des palais et dans la ville contemporaine.

Pour ceux qui aiment vraiment l’histoire antique, Naples n’est pas seulement une destination à visiter.

C’est une ville à déchiffrer.