En se promenant dans les ruelles de Naples, il est impossible de ne pas tomber sur de petites cornes rouges accrochées aux étals, aux portes des maisons ou même aux rétroviseurs des voitures. Le « curniciello » napolitain n’est pas seulement un souvenir folklorique : c’est l’un des symboles les plus anciens et les plus profonds de la culture napolitaine, lié depuis des siècles à la protection contre le mauvais œil et la malchance. Mais d’où vient vraiment le culte de la corne rouge à Naples ?

Les origines de cet amulette remontent même à la préhistoire. Dès le Néolithique, en effet, les cornes d’animaux étaient exposées à l’entrée des habitations comme symbole de force et de protection contre les ennemis et les esprits maléfiques. Les guerriers de l’Antiquité ornaient eux aussi leurs casques de cornes d’animaux, considérées comme un emblème de puissance et de fertilité en raison de leur forme phallique évidente.

Dans le monde romain, ces symboles se sont liés au culte de Priape, divinité de la prospérité et de la fécondité. On voyait souvent apparaître sur les portes des maisons de petits phallus en terre cuite, censés éloigner le mauvais sort. Avec l’avènement du christianisme, ces images ont été progressivement éliminées, mais elles ont survécu dans la région napolitaine sous une nouvelle forme : celle de la corne rouge.

Selon l’une des hypothèses les plus fascinantes, le « curniciello » serait également lié au culte de Mithra, ancienne divinité orientale très vénérée dans l’Empire romain entre le Ier et le IVe siècle après J.-C. Mithra était souvent représenté en train de saisir un taureau par les cornes, symbole d’énergie et de domination sur les forces obscures. Le culte mithraïque était particulièrement répandu parmi les gladiateurs, et c’est précisément à Capoue, à quelques kilomètres de Naples, que se trouvait l’une des plus importantes écoles de gladiateurs de l’Antiquité.

Au fil des siècles, Naples a transformé cet ancien symbole en un véritable objet d’art populaire. Dès le Moyen Âge, les cornes fabriquées par les artisans napolitains étaient exportées dans toute l’Europe. La couleur rouge évoquait le sang et le feu, éléments associés à la vie, à la force et à la protection. Certaines cornes étaient réalisées en corail, matériau considéré comme magique et particulièrement efficace contre le mauvais œil, surtout pour les femmes enceintes.

Aujourd’hui encore, le cornetto portafortuna représente l’un des objets les plus emblématiques de l’artisanat napolitain. Il n’est pas rare d’en trouver des versions traditionnelles aux côtés d’interprétations modernes, ironiques ou artistiques, témoignage d’une tradition qui continue de se réinventer sans perdre de son charme.

Mais existe-t-il un moyen d’« activer » le célèbre curniciello ? Selon la tradition napolitaine, oui. La corne doit être reçue en cadeau et, au moment de la remise, la personne qui l’offre doit piquer délicatement avec la pointe de la corne la paume ouverte de la main gauche du destinataire. Ce n’est qu’ainsi que l’amulette acquerrait son pouvoir protecteur.

Et si, au lieu du petit « curniciello », il s’agissait d’une grande corne rouge créée par un artisan talentueux, comme celle qui protège les hôtes de la location touristique Casetta Correra ? Dans ce cas, selon la meilleure tradition napolitaine, il suffit de la regarder pour se sentir immédiatement à l’abri du mauvais sort.