Naples est souvent décrite comme la ville du soleil, de la musique, de la mer et de la vitalité populaire. Mais derrière cette image lumineuse se cache depuis des siècles une autre Naples : secrète, ésotérique, mystérieuse. Une ville qui, depuis l’Antiquité, a été un carrefour des cultures grecque, égyptienne, arabe, juive et chrétienne ; un lieu où la religion, la magie, la science et la superstition ont cohabité plus qu’ailleurs.

Ce n’est pas un hasard si de nombreux chercheurs ont qualifié Naples de l’une des capitales européennes de l’alchimie. Ici, entre ruelles, souterrains, églises et palais nobiliaires, se sont côtoyées des traditions philosophiques et des cultes très anciens qui survivent encore aujourd’hui dans le folklore et les coutumes populaires.

La Naples souterraine ne se résume pas aux cavités et aux tunnels creusés dans le tuf. C’est aussi une ville invisible faite de symboles, de rituels, de croyances et de savoirs transmis au fil des siècles. Certains cultes plongent même leurs racines dans le monde gréco-romain et dans les mystères orientaux arrivés par la mer. D’ailleurs, Naples est née comme colonie grecque et, pendant plus de deux mille ans, elle a été l’un des ports les plus importants de la Méditerranée : un immense laboratoire humain où marchandises, peuples et idées se mêlaient sans cesse.

Parmi les cultes les plus particuliers figure certainement celui des morts. Aujourd’hui encore, de nombreux Napolitains entretiennent une relation presque familiale avec l’au-delà. Pendant des siècles s’est répandue la pratique des « anime pezzentelle » : des crânes anonymes conservés dans les églises ou dans les cimetières souterrains, auxquels on adressait des prières et des demandes de protection. Ce culte obéissait à une logique ancienne : offrir soins et mémoire à une âme oubliée en échange d’aide, de chance ou de protection. Une forme de religiosité populaire mêlant christianisme, paganisme et anciens cultes des défunts.

C’est dans cet univers chargé de symboles qu’évoluent certaines des figures les plus fascinantes de l’histoire napolitaine. La plus célèbre est sans doute Raimondo di Sangro, prince, inventeur, scientifique, militaire et ésotériste du XVIIIe siècle. Des légendes incroyables ont vu le jour autour de sa personne : on disait qu’il était capable de créer du sang artificiellement, d’embaumer des corps à l’aide de procédés mystérieux et même de produire des êtres humains artificiels. Beaucoup de ces récits relèvent de la fantaisie, mais ils témoignent à quel point Naples était fascinée par la quête de connaissances interdites.

Son œuvre la plus célèbre reste l’extraordinaire chapelle Sansevero, l’un des lieux les plus énigmatiques de la ville. On y trouve le célèbre Christ voilé, mais aussi les inquiétantes « machines anatomiques » : des squelettes humains dont le système circulatoire est parfaitement visible. On débat encore aujourd’hui des techniques utilisées pour les réaliser et de la part de science ou d’alchimie qu’elles recèlent.

Giovan Battista della Porta, né au XVIe siècle, fut un autre protagoniste majeur de la Naples ésotérique. Philosophe, naturaliste, dramaturge et expérimentateur, il fut l’un des intellectuels européens les plus importants de son époque. Dans sa villa napolitaine, il fonda l’« Académie des Secrets », une sorte de cercle dédié à l’étude des sciences naturelles, de l’optique, de la botanique et de l’alchimie. À une époque où la frontière entre science et magie était extrêmement ténue, Della Porta cherchait à comprendre les secrets cachés de la nature à travers des expériences qui suscitaient souvent les soupçons de l’Église.

Pour vraiment comprendre Naples, il faut se rappeler qu’ici, la frontière entre le rationnel et l’irrationnel a toujours été très fragile. Dans cette même ville cohabitent miracles religieux, superstitions populaires, reliques sacrées, amulettes contre le mauvais œil et anciens symboles païens. Le célèbre cornet rouge napolitain, par exemple, a des origines bien plus anciennes que le christianisme et renvoie à d’anciens symboles de fertilité et de protection.

En se promenant dans le centre historique de Naples, on tombe encore sur des niches votives illuminées, des symboles ésotériques sculptés dans les palais, d’anciennes églises construites sur des temples païens et des récits transmis de génération en génération. C’est précisément cette superposition de cultures et de mystères qui rend Naples différente de toute autre ville européenne : un lieu où le passé continue de vivre sous la surface du présent.

Pour de nombreux couples qui visitent Naples, surtout ceux attirés par l’histoire, l’art et les ambiances authentiques, découvrir cette dimension cachée, c’est entrer en contact avec l’âme la plus profonde de la ville. Une Naples moins touristique et plus mystérieuse, faite de légendes, de symboles et de récits qui semblent suspendus entre réalité et mythe.

Petite liste de liens

https://aispes.net/biblioteca/ars-regia/la-tradizione-alchemica-a-napoli-medioevo-e-rinascimento/

https://aispes.net/biblioteca/ars-regia/magia-e-alchimia-nella-napoli-del-600/

https://storienapoli.it/2017/05/04/napoli-egizi-triangolo-delle-forze/

https://www.ilmattino.it/cultura/libri/napoli_alchimista_segreto_la_formula_oro-8765084.html

Francesco, hôte de Casetta Correra

P.S. Cet article est tiré du blog publié sur le site de ma location touristique casettacorrera.it. Ce site a pour objectif de promouvoir un tourisme différent de celui du « touriste de passage » qui est en train de dévaster Naples. Et si vous avez des sujets concernant les mystères, les légendes, les histoires romantiques… de Naples qui mériteraient d’être développés dans un article, envoyez-moi un message.